Romy Ryan James


Par Sarah Hurtes

EWA a eu le plaisir de faire la rencontre de Romy Ryan James lors du festival Films de Femmes à Créteil. Jeune réalisatrice Française de 25 ans à la fois troublante par sa grâce et fascinante par son caractère déterminé, Romy a partagé avec nous ses expériences en tant que réalisatrice débutante.


Photography by Ashley Kurohana

Qu’est-ce qui t’a inspiré à vouloir réaliser des films?

Adolescente, je dessinais beaucoup et je me suis orientée vers un bac technologique d’Art Appliqué à l’Ecole Estienne, à Paris. A cette époque je voulais surtout devenir styliste, mais on m’a offert un appareil photo en 2006 et c’est là que tout s’est déclenché. Je me suis découverte une passion qui ne m’a pas lâchée ! Ce goût pour le cadrage et pour regarder le monde et les gens à ma façon m’a fait mettre de côté le dessin et je me suis focalisée sur l’image enregistrée. J’ai réalisé que c’était avec ce support que je pouvais réellement m’exprimer. De l’appareil photo, je suis naturellement passée à la caméra. Dès qu’il y avait un caméscope à portée de main, je faisais des courts-métrages avec des amis, des enfants et même des animaux. J’avais cette envie pressante de créer une histoire – un film. Je suis donc allée à l’Université Sorbonne Nouvelle pour faire des études cinématographiques audiovisuelles pendant 5 ans.

Tu as rencontré EWA au festival Films de Femmes à Paris et tu nous as confié que tu avais récemment fini d’écrire, réalisé, filmé, monté et produit ton premier film. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

Mon film « Les Femmes d’une Nuit d’Automne » est un moyen-métrage de 33 minutes. C’est l’histoire de quatre femmes, d’un homme, de l’automne et de la complexité des sentiments. Ce sont des personnages qui n’assument pas leurs décisions et qui fuient la réalité. Une femme, sa valise à la main, part de chez elle. Son mari rentre à la maison en fin d’après-midi. Il a prévu de lui annoncer qu’il la quitte pour aller vivre avec sa maîtresse, mais… ! Comme des feuilles d’automne, entraînées par le vent, ces femmes et cet homme s’éparpillent dans la nuit qui s’annonce avant de revenir à leur point de départ sans avoir finalement rien changé à leur vie. Cette histoire, j’ai commencé à l’écrire il y a plus de 5 ans. Comme je suis très visuelle, je collecte dans les journaux, sur internet et les magazines des images qui m’inspirent. Je les rassemble dans des classeurs selon un ou plusieurs thèmes et je les mets en scène, je leur donne des dialogues et crée un univers à part qui pourrait être le début d’un film. Pour ce premier métrage, j’avais rassemblé beaucoup de photos de femmes qui paraissaient en attente, soit à côté d’un téléphone ou d’une porte, semblant perdues, à errer sans but. Malgré cela, toutes ces femmes paraissaient à la fois très glamours et élégantes, et c’est ce rapport paradoxal qui m’a beaucoup plus. Je suis donc partie de cette idée toute simple et j’ai commencé à rendre vie à ces images.

Durant notre rencontre, nous avons parlé des inégalités des genres dans l’industrie audiovisuelle. Quelle a été ton expérience lors du tournage de ton film ? L’as-tu ressenti ?

En effet, j’ai dû faire face à quelques difficultés reliées à ce dont on a parlé. Pour un film court auto-produit, c’était un gros tournage qui a duré 9 jours avec une équipe technique d’une dizaine de personnes. Lors de la préparation, je m’étais mise d’accord avec mon chef opérateur que ce serait moi et non lui, comme cela se fait habituellement, qui serais à la camera. Lui s’occuperait exclusivement de la lumière. Or, le premier jour du tournage, le chef opérateur et le pointeur ont encerclé la camera. J’avais juste la possibilité de confirmer si le cadrage était bon. Ce jour là, j’avais tellement de choses à faire et à penser que je ne m’étais même pas rendu compte que je n’avais pas eu une seule fois la caméra en main ! A un moment donnée, j’ai eu cependant une sorte de malaise. Je ressentais tellement de frustration que j’ai dû l’exprimer inconsciemment ainsi. Je me suis alors rendu compte que je devais absolument récupérer la camera, d’autant que leur façon de filmer ne correspondait pas à l’univers esthétique que je voulais pour mon film. J’avais le sentiment d’être dépossédée de mon film. Le lendemain matin, j’ai donc rappelé aux techniciens ce qui avait été convenu, et ils m’ont rendu la camera. Mais, de suite, ça a été la guerre ! Ils disaient systématiquement non à tout ce que je leur demandais, trouvaient toutes bonnes excuses pour ne pas travailler et ont passé les 9 jours à me dire que j’étais novice, que je ne savais pas faire un film, que je ne faisais pas partie de ce milieu, que je n’y connaissais rien, que j’étais trop lente, que j’allais casser la camera, etc.

Pourquoi penses-tu qu’ils ne voulaient pas te laisser la caméra?

Déjà, il faut dire que les 5 techniciens qui nous ont fait vivre cette expérience très désagréable étaient 5 jeunes hommes âgés entre 20 et 30 ans. Je ne les connaissais pas d’avant, contrairement aux acteurs et aux autres techniciens. J’ai été choquée par leur attitude que l’on peut qualifier de machiste. Sans vouloir faire de conclusions trop rapides, je pense que parce que j’étais une jeune femme réalisant son premier film, ils croyaient pouvoir profiter de la situation et prendre le contrôle des choses. Ils pensaient que je serais facilement influençable ou intimidée et qu’ils arriveraient à leur fin en me faisant perdre mes moyens par un chantage quotidien de quitter le tournage si je n’acceptais pas ce qu’ils voulaient. Ce fut donc beaucoup d’énergie et de temps passé à trouver une stratégie pour les faire rester et en même temps faire mon film comme je le voulais.

Que va-t-il se passer maintenant pour ton film, et comment envisages-tu l’avenir ?

Je vais présenter mon film au Short Film Corner à Cannes dans quelques semaines. Même si ce n’est pas une reconnaissance artistique en soit, c’est la porte ouverte à tous les festivals internationaux qui auront l’opportunité de voir mon film. J’ai récemment découvert qu’il existe un grand nombre de festivals réservés aux réalisatrices, comme le festival « Films de Femmes » à Créteil ou encore le festival « Elles tournent » en Belgique. Je me sens bien sûr concernée et surtout beaucoup moins seule ! C’est une bonne chose même si malheureusement cela veut dire que les femmes n’ont pas vraiment toutes leurs chances dans les autres festivals et que l’égalité homme-femme dans le monde du cinéma est encore loin d’être acquise. Je sais que pour une femme, ce n’est pas facile de percer dans ce milieu, mais je suis de nature déterminée et j’ai des projets ambitieux. J’ai depuis plusieurs années deux projets qui me tiennent à cœur et dont j’écris actuellement les scénarios. Il s’agit tout d’abord d’un moyen-métrage qui sera une comédie musicale se déroulant dans un cabaret, puis d’une adaptation très personnelle du conte La Belle et la Bête qui serait mon premier long-métrage. Qui sait ce que l’avenir nous réserve mais ce qui est sûr, c’est que, quoiqu’il arrive, je ferai tout pour faire les films que je veux faire.

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